
Et bien j'inaugure ce nouveau blog (qui remplace le LJ -je le souligne au passage-) en vous faisant parvenir une nouvelle qui date d'avril 2004.
bon elle est à remanier -et elle le sera- car en ce moment, j'ai comme perspective d'écrire pas mal de nouvelles fantastiques, d'horreur et psychologiques... peut être qu'un recueil se fera un jour (soyont utopiste pour une fois). ;)
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LOMBRE BLANCHE
« Ce nest pas en enfermant son voisin
quon se convainc de son propre bon sens. »
Dostoïevski, Journal dun écrivain
1873-1881
Blanc. Tout est blanc ici, dun blanc pur
mis à part cette ombre. La petite pièce est éclairée par une unique ampoule au plafond. Tel un il brillant et lumineux, mépiant continuellement du haut de mon tombeau. Cette lumière étincelante qui au départ me rassurait, était en réalité un engin de torture des plus machiavéliques. Elle a perturbé bien vite mes habitudes de sommeil en restant allumée continuellement jour et nuit. La notion du temps exact, ma elle aussi bien vite quitté.
Ici, pas dhorloge, pas de montre
rien. Les seules cadences du mouvement du temps sécoulant, je ne les ressens quà travers les quelques tours que je fais quotidiennement dans cette petite pièce et par les repas qui doivent arriver toutes les huit ou neuf heures selon moi.
« Repas »
cest encore un bien grand mot pour nommer la gamelle que lon me fait passer au travers de la petite trappe située au bas de la lourde porte. Cette gamelle contenant cette même bouillie immangeable que lon me donne chaque jour, à la fois salé et sucré, amer et acide
est-ce végétal ou animal ? Impossible de le dire. On ne me donne même pas de cuillère pour le manger, ils auraient trop peur que je lutilise pour mettre fin à mes jours. De toute manière, avec les bras empêtrés dans une camisole de force, je suis contraint de manger en lapant ma gamelle à la manière dun chien ! Comme un animal en cage avec lequel on samuse avant de le laisser crever. Je ne peux même pas me suicider dans cet enfer blanc. Tout blanc, à lexception de cette ombre tapie dans le coin. Jai essayé de mettre fin à mes jours en me cognant violemment la tête contre les murs de la pièce, mais cétait perdu davance, car les parois sont matelassées tout comme la porte et le sol.
Pourquoi mont-ils enfermé ici ? Pourquoi ! Pour des futilités appartenant au monde extérieur dont jai bien vite été mis à lécart. Depuis que je suis ici, beaucoup de souvenirs se sont évadés de ma mémoire. Linactivité cérébrale est le bourreau du cortex humain, et le temps, larme qui annihile les souvenirs un par un jusquà leur disparition totale.
Le silence permanent est également une torture psychologique. Aucun bruit, aucun son ne parvient à traverser les épais murs de béton
. Rien. Et pourtant, pour la première fois depuis que je suis ici, quelque chose a fait du bruit. Un bruit étrange, à la fois rauque et sourd, produit par cette ombre qui continue à me narguer depuis plusieurs heures maintenant.
Dès linstant où ils vous mettent ici, votre traitement est pire que celui dun animal. Personne noserait enfermer un animal pendant des mois ou des années dans une pièce blanche, insonorisée tout en continuant à le nourrir. Lui, on le laisserait mourir rapidement. Moi on me nourrit pour que je ne meure pas et pour que je dépérisse mentalement à petit feu. Ici on ne soigne pas les gens comme moi, on prend des gens normaux afin de les rendre fous, définitivement fous. Peut-être pour quils se rassurent de navoir pas enfermé un sain desprit qui pourrait les traduire en justice par la suite.
Mais en tout cas, il faut que je tienne. Ils auront beau me retenir ici dans cette prison blanche. Je ne cèderai pas à leurs procédés. Ils subiront le même sort que cette ombre en blouse blanche qui, il y a quelques heures, est venue dans cette pièce, après tout ce temps
et que jai étranglée avec la force qui me restait dans les jambes. Ils auront beau venir dans cette cellule, je ne bougerai pas. Je resterai là, éternellement, devant cette lourde porte de métal, désormais ouverte.